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Mom

Pully, mai 2014.
Une vieille dame s'est assoupie dans son fauteuil.
Le lac glisse sous sa fenêtre, les barques rentrent à l'aube, et soudain, dans le silence du soir, une voix se relève.
Celle de Benoîte. Celle de Ninon. Celle qu'on appelait Lily.
Et Mom, par sa fille Christa.

Mom, de Thierry Thévenet, publié aux Éditions de l'Onde.
Après Tonton, l'auteur referme une autre porte du même couloir familial.
Là où Adrien remontait la mémoire des corons belges, Benoîte, sa belle-sœur, ouvre l'album des amours d'une vie entière.

Neuf chapitres. Neuf amours.
Un fiancé notaire à Bienne, dont la cage dorée la suffoque.
Un beau gosse de Genève, contrebandier solaire, dont on devine déjà qu'il brûlera tout ce qu'il touche.
Un ami fidèle, dévoré d'un amour muet, qui ne saura le dire qu'à l'heure de mourir.
Et puis Amir, l'Égyptien d'Alexandrie, l'amour qui change une vie.

Thévenet écrit comme il regarde : avec patience, avec gourmandise, avec un goût rare du détail concret.
L'odeur du fraîchin sur les pontons, le palissandre d'une boutique de modiste, une robe couleur lavande au col Claudine, les espadrilles qui remplacent les brodequins à l'approche de la frontière.
Tout est tissé serré.
La grande Histoire affleure : la Suisse de la neutralité opaque, les or nazis dans les coffres, l'Égypte de Nasser, la Guerre des Six Jours.
Mais cette histoire-là reste à hauteur de femme, à hauteur de souffle.

La voix de Benoîte porte tout.
Rude et tendre. Charnelle et lucide.
Une voix qui revendique le corps, le désir, la maternité difficile, la liberté arrachée pied à pied dans un pays où les femmes n'ont pas encore le droit de vote.
Une voix qui se confronte sans détour à sa mère, à ses amants, à elle-même.
Une voix qui pense par maximes brèves, et qui sait, à l'occasion, claquer comme un coup de fouet.

Ne vous y trompez pas.
Mom dépasse de loin la simple chronique sentimentale.
C'est une chronique des libertés conquises, un portrait de femme qui refuse, ligne après ligne, le destin qu'on voulait écrire pour elle.
Et c'est aussi, pour qui a lu Tonton, la confirmation d'un cycle familial où chaque livre éclaire l'autre sans rien lui devoir.

Un roman habité.
Une voix qui ne s'oublie pas.
À lire lentement, comme on écoute une vieille dame raconter, un soir, au bord du lac, la jeune fille qu'elle fut.