Accéder au contenu principal

La Terre Cybèle

Une pierre noire.
Tombée du ciel sur le mont Dindymon il y a des millénaires.
Une météorite, oui, et en même temps, une déesse. Pour les Phrygiens, cette pierre était la demeure de Cybèle, la grande Magna Mater, mère du sol, des bêtes sauvages, et de tout ce qui pousse.

Cette pierre, les archéologues l'ont vraiment exhumée en Turquie. Et c'est elle que Belinda Bonazzi place au centre de La Terre Cybèle, paru en 2025 chez Cordes de lune Éditions.

Le point de départ : un fils prodigue perd la pierre, les climats se dérèglent, et une équipe improbable part la chercher aux quatre coins du monde.
Le pari du livre est rare : relier les Déesses-Mères du monde entier en une seule mythologie vivante.
Cybèle en Phrygie. Gaïa en Grèce. Pachamama dans les Andes. Asibikaashi chez les Navajos. Eingana en Australie. Nimba en Afrique de l'Ouest.
Sept incarnations d'une même mère, sept régions du globe, sept objets sacrés à rassembler avant que la Terre ne succombe.

Mais le cœur battant du livre, c'est une jeune fille de treize ans. Elle s'appelle Ana-Maria.
Son père a sombré après la mort de son frère. Il croit pouvoir le ressusciter avec la pierre sacrée. Ana-Maria, elle, a juste perdu pied. Elle se coupe pour se sentir encore vivante.
Et puis la déesse l'élit. Confie à cette adolescente abandonnée le pouvoir des quatre éléments.

L'autrice fait avec ce personnage le geste le plus juste du roman : sa puissance pousse sur ses blessures, qui restent visibles. Ana-Maria demeure fragile même quand elle devient déesse par intérim.
On pense au meilleur des studios Ghibli. À ces héroïnes adolescentes reliées au vivant, qui portent sur leurs frêles épaules le destin du monde autour d'elles.
Belinda Bonazzi tient aussi sa promesse écologique. Quand elle pose son décor à Gabès, en Tunisie, et qu'elle décrit les poissons morts sur la plage, les cheminées des usines de phosphate, on quitte la fable pour entrer dans le réel. Le merveilleux y gagne en gravité.

Reste la générosité du projet. Reste le pari mythographique. Reste cette jeune fille qui transforme sa douleur en pouvoir pour sauver le monde.
Belinda Bonazzi croit en la fiction comme outil d'éveil. Elle écrit dans une langue fluide, portée par des chapitres courts. Une SF accessible, qui parlera aux amateurs de fantasy, de spiritualité, et à tous ceux que la planète préoccupe.
Dans ce moment de bascule climatique, cette croyance pèse son poids.

La Terre Cybèle, de Belinda Bonazzi, aux Cordes de lune Éditions.
Un roman qui rappelle que la déesse change de nom selon les régions du monde. Mais que la mère, elle, reste la même.