
12 aout 2026
À La Canée, au bord du port vénitien, Caryl Férey est venu parler d'un monde qui s'abîme.
Le titre de sa rencontre disait déjà tout : « La beauté du monde menacée ».
Depuis trente ans, cet écrivain voyageur installe ses romans dans les zones de fracture de la planète.
L'Afrique du Sud de Zulu, l'Argentine de Mapuche...
Et, ces dernières années, deux livres qui se répondent : Okavango, puis Grindadráp.
Tout commence en Afrique australe.
Okavango, du nom d'un fleuve qui se perd dans les sables du Kalahari.
Dans une réserve, un corps.
La ranger Solanah Betwase enquête.
Autour d'elle, le braconnage à grande échelle, et un rhinocéros mythique traqué pour sa corne.
Sous le polar, Férey ouvre une plaie plus large : le trafic qui nourrit les réseaux armés, et, en toile de fond, l'héritage colonial et la guerre civile angolaise.
Et puis la colère change de rivage.
Grindadráp la prolonge, et la durcit.
Cap au Nord, vers les îles Féroé.
Là, une tradition ancienne : rabattre les globicéphales vers les criques, et les mettre à mort au couteau.
Une tempête y jette deux militants de Sea Shepherd.
Au milieu des bêtes massacrées, le chef de la chasse, mort, d'étranges plaies sur le corps.
L'île se referme comme un piège.
Et là, Férey retrouve sa plus grande force : l'atmosphère.
La mer démontée, le vent qui semble juger les hommes.
L'enquête, parfois, s'efface.
Car ce qu'il vise est plus vaste.
À sa table ronde, je l'ai entendu élargir le propos, bien au-delà des bêtes. Il a dit ceci :
« Philosophiquement, ça me renvoie un peu avec ce qui arrive en ce moment en Europe autour de l'immigration. C'est qu'on ne tolère plus l'étranger, on ne tolère plus l'autre.
Et le fait de ne pas tolérer les animaux, c'est symbolique de la même manière. »
Voilà le cœur de ces deux romans.
Notre rapport aux animaux révèle aussi la place que nous accordons à l'autre.
D'un désert à un océan, c'est la même question qu'il nous laisse.
Saurons-nous encore faire une place à ce qui n'est pas nous ?