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Kópakonan

Il y a le sel sur la peau. Le noroît, le vent du nord-ouest. Et cette lumière d'été qui tremble sur un port breton.

C'est là, entre deux coques de voiliers, que tout commence.

Une rencontre. Un regard. Et déjà, sous la surface, des courants plus sombres.

Nathalie Vergne signe avec Kópakonan un roman à double fond, où la douceur de vivre cache des abîmes.

On y suit Carlos,  architecte d'origine polynésienne,  venu s'ancrer à Louarn-les-Bains avec ses petits-enfants après un drame indicible.  Et Liv,  écrivaine scandinave,  solitaire et lumineuse,  amarrée à son voilier comme à une dernière liberté.  Entre eux, une attirance lente,  pudique,  nourrie de cuisine partagée,  de promenades sur la grève,  de silences qui en disent plus que les mots.

Mais sous cette histoire d'amour affleure un passé empoisonné.  Un complot pharmaceutique.  Des morts qu'on a voulu faire taire.  Et un prédateur qui rôde,  convaincu que Carlos détient la clé d'un secret enfoui.

Autour d'eux gravite une galerie de figures attachantes.  Poeti, la petite-fille qui cherche une mère dans chaque geste de tendresse.  Charlie, le patron de bar aux secrets bien gardés.  Chouquette, le flic intègre pris dans un étau.  Et Jeanne, la cavalière au franc-parler salvateur.  Chacun porte sa fêlure,  chacun tient debout à sa manière.

L'écriture de Nathalie Vergne est sensorielle,  gourmande,  presque tactile.  On sent le sel,  le beurre,  l'encre de seiche dans la mayonnaise de pirate.  Ses personnages respirent le vrai,  jusque dans leurs gestes les plus infimes.  Et sa construction en double temporalité tisse avec habileté le fil du présent  et celui du drame passé,  sans jamais perdre le lecteur.

Mais la plus belle audace du roman est ailleurs.  Dans cette légende nordique de la Selkie,  la femme-phoque,  qui traverse le récit comme un courant souterrain.  Et dans un coup de théâtre final qui retourne le livre sur lui-même.  Car Kópakonan n'est pas seulement un roman qu'on lit.  C'est un roman qui se regarde écrire.  Une mise en abyme vertigineuse qui donne à l'ensemble sa profondeur ultime.

Un livre habité,  sensuel et retors,  où l'amour,  le deuil et la fiction se mêlent dans un même ressac.

Kópakonan, à lire les pieds dans le sable et le cœur au large.